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Essais

La BMW Série 2 et ce qu’elle aurait dû être

10 Déc , 2014  

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Quand BMW sort un coupé, c’est toujours un événement. Enfin du moins pour moi.

Les mois qui précèdent cette sortie sont toujours atroces et mon comportement s’en voit impacté. Je passe des heures sur Twitter et tous les sites de Bimmer (Bmw) à la recherche d’un spyshot, d’un croquis ou de la première rumeur venue que je me forcerai de prendre au sérieux.
Chaque minute représente un questionnement existentiel qui s’achève au moment où BMW dévoile enfin ce fameux Coupé.

Et là, c’est fini. L’euphorie et le mystère s’estompent brutalement. De mystère bien gardé, ce nouveau modèle devient simplement un nouveau modèle.

La voilà la relève de la Série 1 Coupé, la Série 2 Coupé qui, comme précédemment avec la Série 4, adopte la nouvelle nomenclature aussi inutile qu’inapropriée qu’a instauré la Série 4 pour les variantes Coupé.
Elle vient compléter la gamme toujours plus large que BMW cultive.

Aujourd’hui, il faut bien couvrir toutes les niches du marché, quitte à sacrifier un peu de son héritage par-ci ou un peu d’image de marque par-là

Parce que, en plus de la variante Cabriolet, BMW a également sorti, au sein de cette gamme, la BMW Série 2 Active Tourer qui est un monospace à traction avant. Un MONOSPACE à TRACTION AVANT.

Après les Gran Coupé, le pare-choc avant de la Série 4 qui est digne d’une Renault Mégane ou encore les interviews en Anglais de Wolfgang Breyer, BMW nous livre un monospace à traction avant, alors que BMW est l’un des derniers remparts des propulsions.
C’est pire qu’Aston Martin et leur Cygnet et pire encore que si Ferrari se mettait à faire des pédalos. Je suis programmé pour détester cette voiture qui est comme une merde de chien dans une soupe aux potirons.

Mais ce n’est pas en rageant devant mon écran d’ordinateur que j’allais découvrir le sens qui anime BMW au jour d’aujourd’hui.
Quand on m’a proposé de les essayer, je me suis empressé d’y aller.

Das Test

Place d’abord à la Série 2 Coupé. Celle qui ne jure pas complètement avec l’héritage BMW. Celle qui n’est pas une traction, ni un, diantre, boursemolle de monospace.

La motorisation qui l’équipe est le nouveau moteur 2.0 litres 192 chevaux.

A l’arrêt

La face avant est superbe, avec ou sans pack M. Elle me rappelle la Série 3 E46 et tout le monde aime les E46. Le profil est beau. Le toit « assez haut » et a des petits airs d’E30.

La face arrière arbore cette chose magique et indescriptible chez BM. Ce côté esthétique qui, à première vue, déplaît et qui, à force de le regarder durant des mois, finit par te convaincre. C’est bien le cas ici, rassurons-nous.
Le bémol se situe, selon moi, au niveau des passages de roues : c’est aussi plat que l’iPhone 6 et ça jure d’autant plus sur le cabriolet. Dommage. Mais la M2 y remédiera plus que probablement. De là à savoir si BMW ne le fait pas « exprès » pour ne pas faire trop d’ombre à la Série 3 ou même à la Série 4… C’est un autre débat.

Dans l’ensemble, la Série 2 est cohérente, jolie tout plein et transpire l’héritage BMW. Est-ce qu’on a besoin de plus pour ce modèle ? Je ne pense pas.

Habitacle

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En résumé, c’est du connu. Il ne diffère que très légèrement de la F30 et conserve  son ergonomie sans faille. Mais BMW, à force de reproduire le même habitacle sur l’ensemble de son entrée et milieu de gamme, commence malheureusement à lasser.

La position de conduite est relativement semblable à la F30 et donne même l’impression d’être légèrement plus basse. Les sièges ont été révisés et disposent de beaucoup plus de paramètres de réglages, ce qui manquait cruellement aux sièges manuels de la E90 dont je viens à peine de sortir. Et ça, c’est important. Car les longues distances en E90, c’est un peu comme boire au Ricard pendant une raclette, au début ça va, à la fin ça va plus du tout.
Je regrette juste que la colonne de direction ne puisse pas aller plus loin en arrière.

La sellerie est excellente, enveloppante et réglable sur tous les axes possibles et imaginables. Fait intéressant, les sièges ne souffrent pas du « Syndrome du cuir BMW ». Il n’est pas flasque et détendu comme j’avais pu le constater dans les nouvelles Séries 3 et 4.

Là où la Série 2, comme la Série 1 coupé, m’a surpris, c’est dans l’habitabilité des places arrières et la taille de son coffre qui est plus grand que ce à quoi je m’attendais.

Sinon, l’infotainment est sympa, le volant multi-fonctions aussi, la clim’ marche comme un clim’ et la radio comme une radio. Je ne m’attarde pas vraiment sur ces points, qui ne m’intéressent pas vraiment.

Bilan statique

Pas de surprise. La Série 3 F30 (et même la série 5 F10) avait ouvert le bal, il y a quelques années déjà, avec son habitacle redessiné, ses nouvelles motorisations, ses nouvelles structures de châssis, … toutes ses avancées ont été transposées au gabarit de la Série 1 Coupé sous l’appélation Série 2. Et c’est exactement ce qu’on attendait de cette voiture ou plutôt ce qui était prévu. C’est la petite BM.

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Ça roule comment ?

D’abord, j’aime ce gabarit. De l’extérieur, ça paraît plus petit qu’une Série 3 et pourtant, sur le bitume, le ressenti est relativement semblable. C’est maniable et réactif grâce à un empattement 12 centimètres plus court que sur une Série 3 et ça reste néanmoins aussi stable et confortable à haute-vitesse sur autoroute, ce qui démontre l’efficacité de l’amortissement et de la nouvelle direction électrique.

Côté moteur, ce nouveau moteur 2.0l est plus lisse et progressif que les précédents. Le couple est moins franc mais étalé sur une plage beaucoup plus large, ce qui permet d’aller grapiller quelques chevaux supplémentaires à haut-régime et de pointer à 192 chevaux. Et dire qu’il y a 8 ans, on était à 163, c’est pas beau la technologie ?

Cependant, au delà des chiffres, on ne perçoit que très peu cette différence de puissance. La montée en couple plus raide des anciens moteurs donnait cette poussée et cette impression de vitesse que les nouveaux moteurs ont légèrement perdu. Pour trouver ces 192 chevaux, il faut aller plus haut dans les tours et ce n’est pas spécialement dans mes habitudes de conduite sur un diesel.

Au niveau de la transmission, c’est une boite manuelle pour cet essai et le ressenti est à hauteur des espérances, ou plutôt, des exigences avec ce à quoi BMW nous a habitués ces dernières années. Aucune surprise. C’est propre, c’est carré, la boîte n’accroche pas, les vitesses passent facilement mais de manière sportive et l’ensemble des interactions avec la boîte transpirent la solidité et la robustesse. Les inputs du moteurs sont parfaitement transmises aux roues motrices, c’est fluide, sans à-coups et ça crée un sentiment de connectivité avec la route que peu de constructeurs savent actuellement reproduire.

Bilan Série 2 Coupé

J’ai vraiment du mal à trouver des défauts à cette Série 2 mais, paradoxalement, elle me déçoit un peu.

Du point de vue d’un passionné, devant autant de perfectionnement mécanique, on frôle par moment la stérilité et l’ennui. A force de corriger tous les défauts, on troque inévitablement une partie de l’âme du véhicule pour un confort de conduite parfois imposé.

Il y avait tellement de chose à faire avec cette voiture. Au lieu d’être un modèle à part entière, elle est « simplement » une variante de la gamme et une (grande) évolution de la Série 1 Coupé. Mais admettons-le, cette nouvelle appellation Série 2, c’est un peu comme les Lay’s au Bicky, tout le monde sait que ce sont des Lay’s au Pickles dans un autre emballage… ça reste bon mais ça déçoit. J’en attendais davantage.

De plus, je ne la comprends pas vraiment. Son prix de base est plus chère qu’une Série 3, elle n’a pas spécialement plus de caractère, elle n’est pas beaucoup plus sportive et perd même ce côté « Business » qu’ont ses aînées. Est-ce le prix à payer pour un Coupé chez BM ?

J’aurais préféré qu’au lieu d’en faire une « petite Série 4 », BMW nous livre un modèle plus agressif, avec un caractère affirmé, différenciant et partageant moins de choses avec ses aînées et la Série 1.

Pour ceux qui veulent une Série 2 qui déboîte, il y a la M235i et la M235i Racing pour les pilotes, qui, sont probablement toutes les deux des voitures exceptionnelles, mais qui sont aussi carrément dans un autre budget.
La M235i Racing est la preuve même que BMW veut faire de la Série 2 une voiture résolument sportive, même très sportive.

Mais, à quand la BMW pour le noyaux dur des fans de BMW ? Pourquoi ne pas donner une héritiere à la M3 e30 ? Je veux une Série 2 légère, abordable, avec un moteur pas forcément puissant mais qui envoie du bois. Le B38 3 cylindres 1,5 litres Turbo à double entrées porté à 190 voir 200 chevaux, par exemple. J’ai eu l’occasion de l’essayer sur la nouvelle Mini Cooper 5 portes et c’est un moteur très intéressant. Très direct et assez coupleux mais doté d’un turbo parfois paresseux et d’un volant moteur assez lourd qui rend les descentes en régime plutôt lentes. Mais ce n’est qu’une question de fine tuning, right ?

Toutes ces questions sont pour l’instant sans réponses.
A l’inverse, faisons maintenant place à la Série 2 Active Tourer, qui, elle, a répondu à bien de mes questions.

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A l’arrêt

C’est pas une BMW. C’est trop haut, c’est trop cubique, c’est pas une BMW. Mais au moins, c’est probablement de loin la plus belle de son segment.

Bilan statique

C’est pas une BMW.

Habitacle

C’est une BMW. C’est pratiquement le même habitacle que dans la Série 2, sauf que tu es 25 centimètres plus haut et que t’es assis comme sur des latrines.

Remarque : aussi grosse qu’elle paraît être, cette voiture est une 4 places et non 5.

Ca roule comment ?

Vers l’avant, l’arrière, on peut également naviguer vers bâbord ou tribord grâce à un joli outil rond qui détermine l’angle du gouvernail.

Son moteur 1.8l est agréable, souple et progressif mais tend à s’essouffler rapidement dans les montées en régime une fois que l’intervention du turbo décroît. La transmission, avec la boite automatique 8 vitesses, est souple, agréable et permet d’être en permanence sur une plage de couple optimale. Cependant, en mode manuel, des à-coups se font ressentir. Ce qui donne des relent de sportivité qui sont absolument proscrits pour cette Série 2 Active Tourer.

Et puis, c’est une traction. C’est toujours moins agréable de tirer que de pousser, fais-en l’expérience avec une porte. Tu seras toujours plus rapide et moins déranger de pousser une porte que de la tirer. Même chose avec un caddie, c’est toujours plus agréable de le pousser que de le tirer non ? Cette Série 2 Active Tourer m’a tellement ennuyé que j’en viens à faire ce genre de comparaison.

Bilan Série 2 Active Tourer

Je ne peux pas aimer cette voiture. C’est l’incarnation même de la volonté de BMW de conquérir tous les marchés quitte à sacrifier une partie de ce qui fait de la marque ce qu’elle est aujourd’hui. Un symbole de sportivité, de sheer driving pleasure comme ils disent et d’héritage automobile. C’est pas comme si elle était transcendante et écrasait la concurrence (en ligne de mire la Mercedes Benz Classe B, s’il est utile de le dire), c’est simplement une transposition des invariables BMW d’entrée et milieu de gamme (moteur, boîte, habitacle) dans un format Classe B.

Et que dire de sa nomenclature ? Pourquoi la ranger avec la Série 2 ? Pourquoi ne pas avoir fait, à l’instar des 4X4 et crossovers qui ont été regroupés sous l’appélation X, une classe à part entière ? BMW D, BMW N, BMW j’en sais rien.
Parce qu’il n’y a pas de déclinaisons à ce genre de véhicule qui pourrait permettre de créer une classe à part entière alors il fallait bien la fourrer quelque part et c’est la Série 2 qui a dû se coltiner cette Active Tourer.

A force de vouloir conquérir tous les marchés, BMW s’éloigne de plus en plus de sa clientèle fidèle et engagée qui la suit depuis des années. J’ose espérer que bientôt, ce sera cette clientèle que BMW essayera de reconquérir grâce à des modèles qui plairont à tous les puristes de la marque.

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Romain W. By  -    
Fondateur de Pétrolistes.com. Pilote du dimanche à temps partiel. C'est le berger des circuits, la safety car. Toujours devant, loin devant. #menteur